Délégation générale à la langue française et aux langues de France
14 juillet 2026
La délégation générale à la langue française et aux langues de France : une institution au service de notre patrimoine gourmand
Mis à jour le 14/07/2026 par Margot Vidal
La délégation générale à la langue française et aux langues de France est l'organisme officiel placé sous l'autorité du ministère de la Culture, chargé de coordonner la politique linguistique de l'État français. Fondée en 2001 et héritière d'une longue tradition de protection de la langue remontant à l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), elle veille à ce que le français reste une langue vivante, précise et capable de nommer le monde — y compris, et c'est là que mon regard de journaliste food s'allume, le monde de la gastronomie et du chocolat.
Qu'est-ce que la délégation générale à la langue française et aux langues de France ?
La délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) est un service de l'État français rattaché au ministère de la Culture, dont la mission principale est de coordonner et d'animer la politique linguistique nationale. Elle succède en 2001 à la Délégation générale à la langue française (DGLF), créée en 1989, avec l'ajout explicite de la dimension plurilingue : les langues régionales et minoritaires de France y trouvent désormais une reconnaissance institutionnelle.
Son existence s'inscrit dans une tradition française unique en Europe : depuis François Ier et son célèbre édit de 1539, la France a toujours considéré la langue comme affaire d'État. La DGLFLF en est l'expression contemporaine, la plus complète et la plus structurée.
Je me souviens avoir découvert l'existence de cet organisme un matin pluvieux dans les couloirs du salon du chocolat — un interlocuteur du ministère de la Culture m'expliquait pourquoi le mot « chocolatier » résistait si bien à l'anglicisation tandis que d'autres métiers de bouche se retrouvaient submergés par le « food designer » ou le « pastry coach ». C'est là que j'ai compris que derrière chaque mot qui résiste, il y a souvent une institution qui veille.
La DGLFLF opère selon trois axes fondamentaux :
- La politique d'enrichissement de la langue française (création de néologismes officiels)
- La défense et promotion du français dans les sphères professionnelles et publiques
- La reconnaissance et valorisation des langues de France (alsacien, breton, occitan, créoles, langues d'outre-mer, etc.)
Quelles sont les missions concrètes de la DGLFLF ?
Les missions de la délégation générale à la langue française et aux langues de France sont à la fois normatives, consultatives et pédagogiques. Elle coordonne les commissions spécialisées de terminologie et de néologie, publie les termes officiels au Journal officiel de la République française, et anime le réseau France Terme — une base de données publique et gratuite regroupant des milliers de termes français recommandés en remplacement d'emprunts étrangers.
Voici un aperçu structuré de ses principales responsabilités :
| Mission | Description | Exemples concrets |
|---|---|---|
| Enrichissement terminologique | Création et validation de néologismes officiels via les commissions spécialisées | « logiciel » pour software, « courriel » pour email |
| Défense du français professionnel | Application de la loi Toubon (1994) dans les entreprises et administrations | Contrats de travail, affichage, formations |
| Promotion des langues régionales | Soutien aux langues de France : breton, occitan, basque, alsacien, langues créoles, etc. | Signalétique bilingue, enseignement |
| Coordination interministérielle | Liaison entre les ministères pour une cohérence linguistique des politiques publiques | Santé, justice, éducation nationale |
| Information du public | Publications, ressources en ligne, rapport annuel au Parlement | FranceTerme, Légifrance |
Comment la DGLFLF protège-t-elle le vocabulaire de la gastronomie française ?
La DGLFLF protège le vocabulaire gastronomique en mandatant des commissions spécialisées — notamment la commission de terminologie et de néologie des arts, des lettres et du sport — pour créer et valider des équivalents français aux termes étrangers qui envahissent les cuisines professionnelles. Le résultat : des mots français officiels, publiés au Journal officiel, qui s'imposent progressivement dans les formations, les menus et les cartes des restaurants.
La gastronomie française est un domaine particulièrement sensible à cette question. Dans les coulisses des grands salons que je couvre depuis des années, j'observe une tension permanente entre l'internationalisation du secteur et la volonté de préserver un lexique précis, ancré dans une tradition artisanale. Un maître chocolatier de Bayonne me confiait récemment que ses apprentis arrivaient en formation avec un mélange de termes techniques français, d'anglicismes et de néologismes hybrides qui rendaient la transmission du savoir-faire plus complexe.
La DGLFLF intervient donc comme arbitre linguistique, en dotant les professionnels de la bouche d'un vocabulaire stable et partagé :
- Tempérage (et non tempering) pour désigner le processus thermique de cristallisation du beurre de cacao
- Enrobage (et non coating) pour la technique de couverture d'une ganache ou d'un praliné
- Grué de cacao (et non cacao nibs) pour les éclats de fève torréfiée
- Conchage — terme d'origine suisse mais parfaitement intégré au lexique français — pour le malaxage prolongé de la masse de chocolat
- Couverture pour désigner le chocolat de qualité professionnelle à haute teneur en beurre de cacao
Pourquoi les langues régionales enrichissent-elles notre culture chocolatière ?
Les langues régionales enrichissent notre culture chocolatière parce qu'elles portent des savoirs locaux, des techniques ancestrales et des appellations géographiques que le français standard ne suffit pas toujours à restituer. La DGLFLF, en intégrant dans son mandat la protection des langues de France, reconnaît que le patrimoine linguistique national est pluriel — et que cette pluralité est une richesse, pas une menace.
La France compte une soixantaine de langues régionales et minoritaires reconnues au titre de langues de France, selon le rapport Cerquiglini remis au gouvernement en 1999, qui fait toujours référence. Ces langues ont façonné des territoires, des cuisines, des cultures du goût.
Prenons quelques exemples concrets qui parlent à toute personne éprise de chocolat et de terroir :
- En occitan, le cacao arrivé à Bayonne au XVIIe siècle par les réfugiés marranes portugais s'est intégré à une culture culinaire qui nommait autrement les épices, les préparations et les rites du repas. Les maîtres chocolatiers bayonnais ont longtemps travaillé dans un espace linguistique hybride, entre gascon, espagnol et français.
- En alsacien, les traditions de confiserie et de chocolat de Noël — les Bredele, les Mannele — portent des noms qui résistent à la traduction et qui définissent des objets uniques, ancrés dans une culture de fête spécifique.
- En créole martiniquais ou guadeloupéen, le cacao cultivé sur place depuis des siècles porte des noms vernaculaires qui désignent des variétés, des stades de maturité, des modes de fermentation que le vocabulaire français standard ne documente que partiellement.
Pour aller plus loin sur l'histoire du chocolat et ses racines culturelles, je vous invite à explorer les origines du chocolat sur La Grande Fête du Chocolat, qui retrace avec soin les routes du cacao depuis les civilisations mésoaméricaines jusqu'aux ateliers parisiens d'aujourd'hui.
Le chocolat et la langue : une histoire de mots savoureux
Le mot « chocolat » lui-même est un emprunt : il vient du nahuatl xocolātl, via l'espagnol chocolate, et s'est installé dans le français au XVIIe siècle. Son histoire lexicale est un microcosme de ce que la DGLFLF défend chaque jour : la capacité du français à accueillir, adapter et finalement s'approprier des mots venus d'ailleurs, en les rendant siens.
Cette relation entre langue et chocolat m'a toujours semblé particulièrement éloquente. Quand on dit « une tablette de chocolat », « une ganache », « un praliné », « un rocher », « une truffe », on mobilise un lexique entièrement français qui a progressivement supplanté les termes d'origine ou les a intégrés sans les traduire. La langue a digéré le chocolat, si l'on peut dire.
Le terme ganache lui-même a une étymologie surprenante : il désignerait à l'origine une mâchoire inférieure, par dérision — on raconte qu'un chef pâtissier maladroit qui aurait renversé de la crème chaude sur du chocolat s'était fait traiter de « ganache » par son patron. Vraie ou apocryphe, cette anecdote illustre combien le vocabulaire de la cuisine porte une mémoire sociale et affective que les seuls dictionnaires techniques ne restituent pas.
La DGLFLF travaille précisément à préserver ces strates de sens, en documentant non seulement les termes techniques mais aussi leurs usages, leurs variations régionales, leur évolution dans le temps.
Comment utiliser les ressources de la DGLFLF au quotidien ?
Les ressources de la délégation générale à la langue française et aux langues de France sont accessibles gratuitement en ligne, et leur utilité dépasse largement les cercles académiques ou administratifs. Pour un professionnel de la gastronomie, un formateur, un rédacteur spécialisé ou simplement un passionné soucieux d'employer les mots justes, voici comment en tirer parti :
FranceTerme (disponible sur le site du ministère de la Culture) est la ressource la plus immédiatement utile. Cette base de données recense les termes officiellement recommandés par les commissions de terminologie, classés par domaine. On y trouve des entrées liées à l'alimentation, à l'hôtellerie-restauration, aux techniques culinaires. Elle est mise à jour régulièrement et constitue la référence officielle pour toute communication professionnelle ou institutionnelle en français.
Le rapport annuel sur l'emploi de la langue française, remis au Parlement, est téléchargeable sur le site culture.gouv.fr. Il offre une photographie précise de l'état du français dans les différentes sphères de la vie publique, avec des focus thématiques changeant chaque année.
Le réseau des délégués régionaux à la langue française permet un accompagnement de proximité pour les entreprises et les collectivités qui souhaitent mettre en conformité leurs pratiques avec la loi Toubon ou valoriser les langues régionales de leur territoire.
Pour les professionnels du chocolat et de la gastronomie qui souhaitent en savoir plus sur les événements qui célèbrent cette culture du goût et du beau mot, le programme complet de La Grande Fête du Chocolat est une porte d'entrée incontournable vers un univers où la langue et la saveur se rencontrent.
Il faut bien comprendre que la DGLFLF n'est pas un gendarme linguistique — elle n'inflige pas d'amende pour l'usage d'un anglicisme dans une conversation privée. Son rôle est avant tout pédagogique et coordinateur : elle propose, recommande, diffuse. La sanction, quand elle existe, relève d'autres instances (inspection du travail pour la loi Toubon dans les entreprises, par exemple). C'est une nuance importante pour éviter les contresens sur son action.
Questions fréquentes
Q: Quelle est la différence entre la DGLFLF et l'Académie française ? R: L'Académie française est une institution indépendante, fondée en 1635, dont la mission principale est de fixer la norme du français à travers le dictionnaire et la grammaire. La DGLFLF est un service de l'État, rattaché au ministère de la Culture, chargé de coordonner la politique linguistique publique et d'enrichir la terminologie professionnelle. Les deux institutions se complètent mais n'ont pas les mêmes statuts ni les mêmes moyens d'action.
Q: La DGLFLF s'occupe-t-elle du vocabulaire culinaire et gastronomique ? R: Oui, indirectement, à travers les commissions de terminologie spécialisées qui couvrent le domaine des arts, des techniques et des métiers. Les termes gastronomiques peuvent faire l'objet de recommandations officielles publiées au Journal officiel, notamment pour remplacer des anglicismes dans les formations professionnelles et les documents officiels du secteur.
Q: Quelles sont les langues de France reconnues par la DGLFLF ? R: La liste de référence est issue du rapport Cerquiglini (1999), qui recensait une soixantaine de langues. Elle comprend les langues régionales métropolitaines (breton, alsacien, occitan, basque, corse, langues d'oïl, langues francoprovençales, catalan, flamand), les langues d'outre-mer (créoles, langues amérindiennes, langues kanak) et les langues non territoriales (romani, yiddish, berbère). Le français reste la seule langue officielle de la République aux termes de l'article 2 de la Constitution.
Q: La loi Toubon impose-t-elle l'usage du français dans la restauration ? R: La loi du 4 août 1994 (dite loi Toubon) impose l'usage du français dans les publicités, les offres d'emploi, les contrats de travail et l'enseignement professionnel, y compris dans le secteur de la restauration. Elle ne s'applique pas aux conversations privées ni aux menus adressés à une clientèle étrangère. Pour les menus en français, c'est davantage une pratique professionnelle recommandée qu'une obligation légale stricte.
Q: Où trouver les termes officiels recommandés pour le secteur alimentaire ? R: La base FranceTerme, accessible gratuitement sur le portail du ministère de la Culture, recense l'ensemble des termes officiels publiés au Journal officiel par domaine. Une recherche par secteur « alimentation » ou « hôtellerie » permet d'accéder directement aux recommandations pertinentes.
Q: Quel lien existe-t-il entre la DGLFLF et les fêtes gourmandes comme les salons du chocolat ? R: Le lien est culturel plus qu'institutionnel. Les grands événements gastronomiques sont des vitrines du patrimoine culinaire français, qui s'exprime aussi à travers sa langue. La DGLFLF, en préservant et enrichissant le vocabulaire technique des métiers de bouche, contribue indirectement à la qualité de la transmission et de la communication dans ces espaces festifs.
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Margot Vidal — Journaliste food et coordinatrice événementielle à Paris. Chroniqueuse pour plusieurs médias spécialisés en gastronomie, elle couvre depuis dix ans les grands salons du chocolat et du goût en France et en Europe.