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L’Événement, journal français de 1848 : histoire et héritage

30 juin 2026

L'Événement, le journal français de 1848 qui a défié le Second Empire

Mis à jour le 30/06/2026 par Margot Vidal

L'Événement, ce journal français né le 31 juillet 1848, est l'une des publications les plus romanesques du XIXe siècle : fondé dans le sillage de Victor Hugo, il a incarné pendant trois ans l'espoir libéral avant d'être brisé par la censure napoléonienne. Je me souviens d'avoir découvert son existence par hasard, dans une librairie ancienne du Marais, en feuilletant un recueil de presse ancienne — et depuis, je ne peux m'empêcher de voir dans ce titre, L'Événement (journal français, 1848), quelque chose d'une prophétie douce-amère sur la fragilité des libertés.

Un atelier d'imprimerie parisien de 1848 avec des ouvriers typographes composant les pages de L'Événement, le journal français de 1848, à la lueur du gaz

Qu'est-ce que L'Événement, le journal français de 1848 ?

L'Événement est un quotidien français fondé le 31 juillet 1848 à Paris, connu principalement pour ses liens étroits avec Victor Hugo et son cercle littéraire. C'est une publication de tendance libérale et romantique, qui a paru jusqu'en novembre 1851, date à laquelle elle fut supprimée après le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte.

Le titre est éloquent : L'Événement — comme si, dans ce Paris en ébullition révolutionnaire, chaque journée méritait d'être consacrée à un fait exceptionnel. Et de fait, l'année 1848 en France est l'une des plus denses de l'histoire politique et sociale du pays : la révolution de Février, la proclamation de la IIe République, les journées de Juin, l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence. Le journal a pris naissance dans ce terreau d'une fécondité tumultueuse, et son titre résumait à lui seul l'intensité du moment.

CaractéristiqueDétail
NomL'Événement
TypeQuotidien politique et littéraire
Date de fondation31 juillet 1848
LieuParis, France
FondateursAuguste Vacquerie, Paul Meurice
Principaux collaborateursVictor Hugo, Charles Hugo, François-Victor Hugo
Tendance éditorialeLibérale, romantique, humaniste
Fin de publicationNovembre 1851 (supprimé après le coup d'État)
Pour replacer L'Événement dans son contexte, il faut garder à l'esprit que la presse française du milieu du XIXe siècle était un terrain de bataille politique permanent. Les journaux naissaient et mouraient au gré des régimes, des censures, des procès en correctionnelle. Avoir un journal, c'était avoir une tribune — et un risque permanent de prison.

Comment L'Événement est-il né dans la tourmente révolutionnaire ?

L'Événement est né directement de l'élan révolutionnaire du printemps 1848, lorsque la liberté de la presse fut temporairement restaurée après la chute de la monarchie de Juillet. C'est dans ce contexte d'euphorie républicaine que deux jeunes hommes, proches de Victor Hugo, décidèrent de lancer leur propre publication quotidienne.

La IIe République, proclamée en février 1848, avait aboli la censure et réduit les cautions exigées pour fonder un journal — ce qui provoqua une explosion de la presse parisienne. Des dizaines de titres virent le jour en quelques mois. Paris était alors une ville en ébullition : on débattait dans les clubs politiques, dans les cafés où l'on sirotait du chocolat chaud et du café brûlant, dans les salons littéraires où les voix s'élevaient jusqu'au petit matin. L'imprimerie ronronnait sans relâche, et l'encre fraîche embaumait les ruelles autour du Palais-Royal.

Auguste Vacquerie et Paul Meurice, tous deux membres de la garde rapprochée de Victor Hugo — l'un son gendre en puissance (Vacquerie était profondément attaché à Léopoldine Hugo, morte tragiquement en 1843), l'autre son ami le plus fidèle — saisirent l'occasion avec la fougue caractéristique des romantiques. Ils fondèrent L'Événement avec une ambition claire : offrir une tribune à la sensibilité romantique et libérale, à une époque où la politique et la littérature se réclamaient mutuellement et où un article de journal pouvait changer une vie — ou la briser.

Je pense souvent à ces journées de l'été 1848 quand je parcours le vieux Paris, notamment autour du Palais-Royal, ce quartier où la presse du XIXe siècle avait ses repaires et ses cafés attitrés. Les kiosques débordaient de feuilles fraîches, l'encre sentait fort, et les nouvelles du jour se lisaient à voix haute dans les estaminets. Il y avait quelque chose de vivant, presque de charnel, dans cette information-là — bien loin des flux numériques que nous navigons aujourd'hui.

Des bourgeois parisiens de 1848 lisent des journaux en débattant dans un café historique de l'époque, avec des tasses de chocolat chaud sur les tables en marbre

Qui étaient les fondateurs et collaborateurs de L'Événement ?

Les fondateurs de L'Événement sont Auguste Vacquerie et Paul Meurice, deux écrivains et dramaturges français intimement liés à l'univers de Victor Hugo. Le journal comptait également parmi ses rédacteurs Charles Hugo et François-Victor Hugo, les deux fils du poète, ainsi que Victor Hugo lui-même, qui y publia des articles engagés et y exprima ses positions politiques avec une vigueur reconnaissable.

Voici les principaux acteurs de cette rédaction hors du commun :

  • Auguste Vacquerie (1819-1895) : écrivain, dramaturge, critique littéraire et photographe amateur. Ami intime de Victor Hugo depuis les années 1840, il avait failli devenir son gendre. Il fut l'âme éditoriale du journal, le gardien de sa ligne esthétique et morale.
  • Paul Meurice (1818-1905) : dramaturge et romancier, fidèle collaborateur de Victor Hugo jusqu'à la fin. Il adaptera ultérieurement plusieurs œuvres hugoliennes pour la scène et restera l'exécuteur littéraire du poète.
  • Charles Hugo (1826-1871) : fils aîné de Victor Hugo, journaliste actif à L'Événement. Son engagement coûtera cher : il sera condamné à six mois de prison pour un article dénonçant une exécution publique.
  • François-Victor Hugo (1828-1873) : second fils du poète, rédacteur au journal et grand traducteur de Shakespeare. Il sera lui aussi condamné pour un article similaire à celui de son frère.
  • Victor Hugo (1802-1885) : le maître lui-même publia des articles dans le journal, notamment sur la politique sociale et la peine de mort — sujet sur lequel il s'était engagé depuis son roman Le Dernier Jour d'un condamné (1829).
La présence de Victor Hugo, alors au faîte de sa gloire et nouvellement élu représentant du peuple à l'Assemblée constituante puis à l'Assemblée législative, donnait au journal un poids considérable dans le paysage médiatique parisien. Son nom n'apparaissait pas forcément en une, mais son souffle animait chaque livraison.

Quelles positions politiques et littéraires défendait L'Événement ?

L'Événement défendait une ligne libérale, romantique et humaniste, opposée à la fois aux excès réactionnaires et à la violence révolutionnaire aveugle. Le journal se positionnait pour la République, pour la liberté de la presse, contre la peine de mort et pour une forme de justice sociale qui devait autant à l'éthique chrétienne de Hugo qu'aux idées des réformateurs de 1848.

Cette ligne éditoriale se reflétait dans les grandes causes que le journal défendit avec constance :

La peine de mort constituait le combat le plus emblématique. Victor Hugo avait fait de cet enjeu l'une de ses marques de fabrique depuis les années 1830. L'Événement publia des articles détaillés contre les exécutions capitales, accompagnés de descriptions volontairement choquantes destinées à émouvoir l'opinion. En 1851, Charles Hugo fut condamné à six mois de prison pour un article illustré d'une gravure représentant la guillotine — la justice considérait la représentation elle-même comme un acte subversif. François-Victor Hugo connut un sort identique peu après.

La liberté de la presse était à la fois une position de principe et une stratégie de survie. Dans un contexte où les gouvernements successifs cherchaient à museler l'opposition, L'Événement s'affichait comme un défenseur intransigeant de la liberté d'expression — un journal qui défend la liberté de la presse se défend lui-même, et il y avait dans cette posture une élégance tactique que Vacquerie n'était pas le dernier à apprécier.

Le soutien initial à Louis-Napoléon Bonaparte mérite d'être mentionné sans ambiguïté : dans ses premières années, le journal avait soutenu la candidature du futur Napoléon III à la présidence de la République, en décembre 1848, position défendue par Victor Hugo lui-même avant qu'il ne change radicalement d'avis. Ce revirement sera le germe d'une haine durable : le pamphlet Napoléon le Petit (1852), rédigé en exil, en est la trace la plus cinglante.

Sur le plan littéraire, le journal était un espace de création romantique vivant : comptes-rendus de théâtre, critiques de romans, poèmes. Il reflétait l'univers esthétique du cercle hugolien — drame romantique, poésie engagée, prose narrative à ambitions morales.

Une barricade parisienne de juin 1848, symbole du contexte révolutionnaire dans lequel est né L'Événement, le journal français fondé quelques semaines plus tard

Pourquoi L'Événement a-t-il été supprimé en 1851 ?

L'Événement a été supprimé en novembre 1851, immédiatement dans le sillage du coup d'État du 2 décembre 1851 par Louis-Napoléon Bonaparte, dans le cadre de la répression générale de la presse d'opposition. C'est la fin brutale d'une publication qui avait déjà subi de nombreuses poursuites judiciaires tout au long de son existence précaire.

La chronologie est parlante. Dès 1850, le gouvernement avait durci la législation sur la presse, imposant de nouvelles cautions, multipliant les motifs de poursuites. Les procès contre Charles et François-Victor Hugo avaient déjà affaibli le journal financièrement et moralement — payer des amendes et voir ses rédacteurs emprisonnés n'est pas la recette idéale pour une publication déficitaire. Lorsque le coup d'État eut lieu dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851, Victor Hugo tenta d'organiser la résistance à Paris — en vain — avant de devoir s'exiler en Belgique, puis à Jersey, puis à Guernesey, où il restera dix-neuf ans. L'Événement cessa de paraître dans ce contexte de liquidation de la presse libre.

Il est historiquement notable — et moralement vertigineux — que Victor Hugo avait lui-même appelé à voter pour Louis-Napoléon en 1848. Cette trahison perçue de la part du futur Napoléon III alimenta chez Hugo une rancœur tenace, qui se transforma en une œuvre politique majeure : Napoléon le Petit (1852), rédigé dans les premiers mois de l'exil belge, représente en quelque sorte le prolongement posthume de L'Événement — le combat du journal continué sous la forme d'un pamphlet.

On peut consulter la notice de L'Événement sur Wikipédia) pour accéder à une bibliographie complémentaire sur ce titre et son contexte.

Quel est l'héritage de L'Événement dans la presse française ?

L'héritage de L'Événement (journal français, 1848) est double : il s'inscrit dans l'histoire de la presse d'opposition du XIXe siècle et dans la biographie intellectuelle et politique de Victor Hugo, dont il constitue un chapitre méconnu mais fondamental pour comprendre la formation de sa pensée républicaine.

Sur le plan de l'histoire de la presse, L'Événement illustre parfaitement les conditions d'exercice du journalisme sous la IIe République et les débuts du Second Empire : liberté fragile conquise par une révolution, procès à répétition orchestrés par un pouvoir qui se méfie des mots, suppression brutale au gré des régimes. Il témoigne de la vitalité d'une presse politique qui n'hésitait pas à prendre des risques existentiels — et qui payait pour cela en années de prison et en dettes d'imprimerie.

Sur le plan culturel, le journal représente un moment dans la constitution du groupe hugolien comme force collective — littéraire, politique et médiatique à la fois. Vacquerie, Meurice, les fils Hugo : tous formeront ensuite la garde fidèle du poète en exil, et L'Événement est le creuset où cette fidélité s'est forgée dans l'épreuve partagée.

Il y a quelque chose que je trouve profondément touchant dans cette aventure collective : des jeunes gens qui croient en un maître, en des idées, en la puissance des mots imprimés — et qui s'y brûlent les ailes, au sens propre, puisque deux d'entre eux ont fait de la prison pour des articles de journal. C'est la définition même de l'engagement romantique, cette manière d'habiter le monde avec une intensité qui ne calcule pas, qui dépense sans compter, qui préfère la prison à la capitulation.

Aujourd'hui, quand je couvre des événements — les grandes fêtes gourmandes à Paris ou les salons du chocolat qui rassemblent des milliers d'amateurs passionnés — je pense parfois à ces journalistes du XIXe siècle pour qui l'événement était toujours politique, toujours urgent, toujours à coucher sur papier avant que la censure n'arrive. La fête aussi est un événement. Et en parler avec soin, avec précision, avec un vocabulaire qui respecte le sujet, c'est une forme de résistance à la médiocrité et à l'oubli.

Pour aller plus loin dans l'histoire des célébrations et des moments festifs qui ont marqué la culture française du XIXe siècle jusqu'à aujourd'hui, vous pouvez explorer notre dossier sur les grandes fêtes françaises et leur histoire.

Questions fréquentes

Q : Qui a fondé L'Événement, le journal français de 1848 ? R : L'Événement a été fondé le 31 juillet 1848 par Auguste Vacquerie et Paul Meurice, deux écrivains et dramaturges proches de Victor Hugo. Les fils du poète, Charles et François-Victor Hugo, y étaient rédacteurs actifs, et Victor Hugo lui-même y publiait des articles.

Q : Quel lien avait Victor Hugo avec L'Événement ? R : Victor Hugo n'était pas officiellement fondateur du journal, mais il y publiait des articles et exerçait une influence déterminante sur sa ligne éditoriale libérale et romantique. Ses fils Charles et François-Victor en étaient rédacteurs, et l'esprit général du journal reflétait directement sa pensée politique et humaniste.

Q : Pourquoi L'Événement a-t-il été supprimé ? R : Le journal a été supprimé en novembre 1851, dans le contexte du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte. Il avait déjà subi plusieurs procès retentissants, notamment pour des articles contre la peine de mort, qui avaient conduit à l'emprisonnement des deux fils Hugo. La répression générale de la presse d'opposition acheva la publication.

Q : Combien de temps L'Événement a-t-il existé ? R : L'Événement a existé environ trois ans, de juillet 1848 à novembre 1851. C'est une durée relativement longue pour un journal d'opposition sous la IIe République, compte tenu des pressions juridiques et financières constantes exercées par les autorités sur les titres contestataires.

Q : L'Événement de 1848 a-t-il un lien avec d'autres journaux français portant le même nom ? R : Le titre "L'Événement" a été utilisé par plusieurs publications distinctes au cours de l'histoire de la presse française. Le journal de 1848 est le plus célèbre en raison de ses liens avec Victor Hugo, mais il ne faut pas le confondre avec d'autres titres homonymes publiés à d'autres périodes de l'histoire de la presse.

Q : Où peut-on trouver des archives de L'Événement (1848) ? R : Les archives de L'Événement sont consultables à la Bibliothèque nationale de France (BnF), notamment via le portail numérique Gallica (gallica.bnf.fr), qui numérise les collections de presse ancienne française et les rend accessibles gratuitement en ligne pour toute personne intéressée.

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Margot Vidal — Journaliste food et coordinatrice événementielle à Paris, Margot couvre les salons gourmands et les grandes fêtes culturelles avec une plume qui aime autant l'histoire que les arômes de fève de cacao fraîchement torréfiée.