Rectifications orthographiques du français en 1990 : guide complet
10 juillet 2026
Les rectifications orthographiques du français en 1990 : tout ce qu'il faut savoir
Mis à jour le 10/07/2026 par Margot Vidal
Les rectifications orthographiques du français en 1990 constituent l'une des réformes linguistiques les plus discutées — et les plus mal comprises — de ces dernières décennies. Publiées au Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990, elles touchent environ 2 400 mots du vocabulaire courant. Pourtant, trente-cinq ans plus tard, une grande partie des francophones ignore encore leur contenu exact, leurs raisons d'être, et la façon dont on peut (ou doit) les appliquer.
Qu'est-ce que les rectifications orthographiques du français en 1990 ?
Les rectifications orthographiques du français en 1990 sont un ensemble de recommandations officielles publiées par le Conseil supérieur de la langue française, rédigées sous l'autorité de l'Académie française, et rendues publiques via le Journal officiel du 6 décembre 1990. Ce texte fondateur, souvent appelé simplement « la réforme de 1990 », ne supprime pas l'ancienne orthographe : il propose une graphie simplifiée ou harmonisée pour un corpus limité de mots, jugés irréguliers ou sources d'erreurs fréquentes.
Il faut comprendre d'emblée ce que ce texte n'est pas : ce n'est ni une révolution, ni une destruction de la langue. C'est une révision prudente, comparable aux ajustements que toutes les grandes langues européennes ont connus au fil du temps. L'espagnol, l'allemand, le portugais, le néerlandais — tous ont traversé des réformes orthographiques officielles, parfois bien plus radicales, sans que leur génie propre en soit altéré.
Le rapport complet, intitulé « Les rectifications de l'orthographe », est consultable dans les archives du Journal officiel de la République française (numéro spécial du 6 décembre 1990). C'est ce document de référence qui fait autorité, non les interprétations parfois approximatives circulant sur internet.
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Pourquoi ces rectifications ont-elles été introduites ?
Ces rectifications ont été introduites pour réduire les incohérences internes du système orthographique français, qui s'était constitué sur plusieurs siècles sans logique d'ensemble. Le français présente en effet un nombre élevé d'exceptions, de doublets inexpliqués et d'usages figés par l'imprimerie du XVIIIe siècle plutôt que par des règles linguistiques cohérentes.
Parmi les motivations documentées par le Conseil supérieur de la langue française :
- Réduire les erreurs à l'école : des mots comme nénuphar (étymologie faussement arabisée) ou oignon (transcription archaïque) généraient des fautes systématiques sans raison phonétique valide.
- Harmoniser les séries lexicales : pourquoi écrire charriot mais charrue ? Combattif mais combattre ? Ces incohérences entre mots d'une même famille alourdissent inutilement l'apprentissage.
- Aligner le français sur ses propres règles déclarées : de nombreuses exceptions contredisaient les règles générales enseignées, créant une charge mémorielle injustifiée.
- Faciliter l'usage du français comme langue internationale : dans un contexte de mondialisation croissante, une orthographe plus régulière facilite l'acquisition du français comme langue étrangère.
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Quels sont les principaux changements orthographiques ?
Les rectifications de 1990 regroupent les modifications en plusieurs catégories précises, portant sur la soudure des mots composés, les accents, le trait d'union, le pluriel des mots composés, et quelques anomalies ponctuelles.
Le trait d'union et la soudure
De nombreux mots composés, jusqu'alors écrits avec un trait d'union, sont désormais soudés en un seul mot. Cette logique suit celle déjà à l'œuvre dans des mots comme portefeuille ou entrepôt.
| Ancienne graphie | Nouvelle graphie rectifiée |
|---|---|
| week-end | weekend |
| porte-monnaie | portemonnaie |
| extra-terrestre | extraterrestre |
| auto-école | autoécole |
| entre-temps | entretemps |
| compte-gouttes | comptegoutes |
Les accents : accent grave et accent circonflexe
- L'accent grave remplace l'accent aigu dans certaines formes conjuguées : il cèdera (au lieu de il cédera), nous réglerons (au lieu de nous réglerons). Cette modification concerne les futurs et conditionnels des verbes en -é + consonne + -er.
- L'accent circonflexe est supprimé sur le i et le u dans la grande majorité des cas : bruler pour brûler, naitre pour naître, cout pour coût. Des exceptions subsistent pour lever les ambiguïtés (le dû pour distinguer du pronom du, mûr vs mur dans certains contextes, etc.).
Le pluriel des mots composés
Jusqu'en 1990, le pluriel des noms composés du type nom + nom ou verbe + nom était source de confusion permanente. Les rectifications imposent une règle unifiée : le second élément prend la marque du pluriel.
- des garde-chasses → des garde-chasse (l'idée de « garder le(s) chasse(s) »)
- des cure-dents → des cure-dent
- des abat-jours → des abat-jour
Les anomalies lexicales
Certains mots isolés ont été rectifiés pour les aligner sur leur étymologie réelle ou sur leur famille lexicale :
- nénuphar → nénufar (l'étymologie arabe et persane ne justifiait pas le ph)
- oignon → ognon
- chariot (déjà sans double r, mais charriot était une graphie fautive acceptée) → chariot confirmé
- imbécillité → imbécilité
- bonhomme → bonhomie (adjectif dérivé harmonisé)
Comment les rectifications s'appliquent-elles concrètement ?
Concrètement, les deux graphies — ancienne et rectifiée — sont acceptées dans l'enseignement et dans les concours administratifs depuis les circulaires du ministère de l'Éducation nationale. Aucune faute ne peut être sanctionnée pour l'emploi de l'une ou l'autre forme.
Les grands dictionnaires français — Le Robert et Le Larousse — intègrent les deux graphies depuis la fin des années 2000, en signalant généralement la forme rectifiée par une mention spécifique. L'Office québécois de la langue française a, de son côté, largement adopté les rectifications dans ses recommandations officielles.
Dans la pratique professionnelle, voici ce que j'observe en travaillant quotidiennement sur des contenus éditoriaux :
- Les maisons d'édition appliquent les rectifications de façon variable selon leur charte rédactionnelle.
- La presse hésite encore, souvent par conservatisme stylistique ou par crainte de désorienter les lecteurs.
- L'enseignement primaire et secondaire les introduit progressivement depuis les réformes des programmes.
- Les logiciels de correction (Antidote, Grammalecte, Word) proposent en général un paramètre permettant d'activer les graphies rectifiées.
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Les rectifications orthographiques de 1990 sont-elles obligatoires ?
Non, les rectifications de 1990 ne sont pas obligatoires au sens juridique strict — mais elles sont officiellement recommandées. C'est là toute la subtilité, et la principale source de malentendus.
Le texte publié au Journal officiel de 1990 emploie le terme de « recommandations ». Il ne s'agit pas d'un décret imposant une graphie unique. En revanche, plusieurs circulaires ministérielles successives ont précisé que les deux orthographes — ancienne et rectifiée — devaient être considérées comme également correctes, et qu'aucune ne pouvait être pénalisée dans les examens ou concours.
Voici un résumé des positions officielles :
- Académie française (2016) : dans sa déclaration de février 2016, l'Académie a confirmé que les rectifications de 1990 avaient été validées et que les deux graphies étaient acceptables, tout en regrettant la polémique médiatique ayant présenté la réforme comme une « suppression » de l'accent circonflexe — ce qui n'était pas exact.
- Ministère de l'Éducation nationale : plusieurs circulaires, notamment celle de 2008 relative aux programmes de l'école primaire, encouragent l'enseignement des formes rectifiées.
- Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) : publie des ressources pédagogiques sur les rectifications à destination des enseignants.
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Quel lien entre langue vivante, culture et fête ?
La langue est une fête permanente — au sens propre du terme. Comme un bon chocolat qu'on laisse fondre lentement, elle révèle toute sa complexité quand on prend le temps de la comprendre plutôt que de la subir. Les rectifications de 1990 me font penser à ces recettes anciennes qu'on modernise sans les trahir : on garde l'âme, on simplifie le geste.
Chez La Grande Fête du Chocolat, nous sommes particulièrement attentifs à la précision du vocabulaire — décrire une ganache, présenter un artisan chocolatier, raconter l'histoire d'un cacao d'origine exige une langue juste, vivante, et sans ambiguïté inutile. Le soin apporté à l'écriture est, en soi, un hommage au soin apporté à la fabrication.
La langue française, avec ses nuances, ses évolutions et ses débats, fait partie intégrante du patrimoine culturel que nous célébrons. Savoir que chocolat chaud s'écrit en deux mots sans trait d'union (car il ne s'agit pas d'un nom composé figé), ou que chocolaté prend un accent aigu, ce sont de petits plaisirs de précision qui enrichissent l'expérience éditoriale.
Pour aller plus loin dans l'exploration de la culture et des mots qui l'entourent, je vous invite à découvrir nos articles sur le vocabulaire du chocolat et les savoir-faire des artisans — une façon de conjuguer gourmandise et curiosité linguistique.
Les rectifications orthographiques de 1990 s'inscrivent dans une vision longue de la langue : non pas figée dans un passé mythifié, mais vivante, adaptable, capable de se réformer sans perdre son élégance. C'est précisément ce que font les grands chocolatiers avec leurs recettes : ils respectent la tradition tout en acceptant que la perfection est un horizon, non un état figé.
Pour approfondir ce sujet, la source de référence reste le texte original consultable sur Légifrance, le service public d'accès au droit, qui archive le Journal officiel du 6 décembre 1990 contenant le rapport complet du Conseil supérieur de la langue française.
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Questions fréquentes
Q : Les rectifications orthographiques de 1990 suppriment-elles l'accent circonflexe ?
R : Non. Les rectifications suppriment l'accent circonflexe uniquement sur le i et le u dans la grande majorité des cas (ex. : bruler, naitre), et maintiennent les circonflexes nécessaires pour distinguer des mots homophones ou sur certaines lettres comme le â, ê, ô. La suppression totale de l'accent circonflexe est un mythe médiatique, démenti par l'Académie française elle-même en 2016.
Q : Les deux orthographes sont-elles vraiment acceptées dans les examens scolaires ?
R : Oui. Depuis les circulaires du ministère de l'Éducation nationale, aucune des deux graphies — ancienne ou rectifiée — ne peut être sanctionnée dans les évaluations scolaires, les examens nationaux ou les concours administratifs. Les enseignants ont reçu des consignes en ce sens.
Q : Combien de mots sont concernés par les rectifications de 1990 ?
R : Le rapport officiel de 1990 porte sur environ 2 400 mots du vocabulaire courant, répartis en plusieurs catégories (trait d'union, accents, pluriel des composés, anomalies ponctuelles). Ce chiffre représente une fraction modeste du lexique français total, estimé à plusieurs centaines de milliers d'entrées selon les dictionnaires.
Q : Le mot oignon doit-il vraiment s'écrire ognon ?
R : Selon les rectifications de 1990, ognon est la graphie recommandée, car elle supprime le i muet qui n'a aucune justification phonétique ni étymologique solide. Cependant, oignon reste une graphie acceptée. Les deux formes coexistent légalement. Personnellement, j'alterne encore selon le contexte — vieille habitude de journaliste formée avant la généralisation des rectifications.
Q : Les rectifications s'appliquent-elles au Canada francophone ?
R : Oui, dans une large mesure. L'Office québécois de la langue française (OQLF) a intégré les formes rectifiées dans ses recommandations et dans le Grand dictionnaire terminologique. La Belgique et la Suisse romande ont suivi des démarches similaires, bien que l'application pratique varie selon les contextes éditoriaux.
Q : Peut-on trouver les rectifications de 1990 en ligne de façon officielle ?
R : Oui. Le texte intégral est accessible via les archives du Journal officiel sur Légifrance. Des ressources pédagogiques sont également disponibles sur le site de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), organisme rattaché au ministère de la Culture.
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Margot Vidal — Journaliste food et coordinatrice événementielle à Paris, Margot couvre depuis quinze ans les salons gastronomiques, les tendances de la table et les cultures du goût avec la conviction que les mots, comme les arômes, méritent d'être choisis avec soin.